De Marcel Arnaud à Van Gogh (6)

Un jour alors que j'étais invité à dîner chez des amis, figurez-vous qu'il y avait à la table un juriste, professeur de droit, connaissant bien l'art et l'histoire de l'art, qui me dit qu'il y avait une possibilité de faire authentifier mes œuvres par une procédure dite Expertise Judiciaire. "Mais, ajouta-t-il, sachez qu'une expertise judiciaire ne peut être contestée, car si des anomalies sont trouvées lors des analyses, vous ne pourrez plus y faire opposition. Sachez que vous allez directement vers la vérité. Etes-vous prêt à accepter cet enjeu?" Immédiatement je décidai de connaître la vérité sur ces dessins et je fus donc prêt à faire encore des efforts. Mais, sûr que j'étais d'avoir découvert les lieux, le risque me paraissait limité, voire infime. Ainsi mon avocat procéda alors à toutes les formalités pour obtenir l'expertise judiciaire. Une année d'étude par le Laboratoire de la Police Scientifique et par d'autres experts, fut nécessaire. Et lorsque, à la fin de l'année 1991 j'allai chercher le rapport d'expertise de plus de 370 pages, j'eus l'impression d'avoir accompli quelque chose d'important dans ma vie. Voici les conclusions de ce rapport: “Ces dessins sont de la main de Van Gogh”. Le 17 novembre 1992, j'ai organisé une conférence de presse à l'Espace Cardin, aux Champs Elysées à Paris, pour annoncer ma découverte. Il y avait là différentes personnalités: M. Corbobesse de la Police Scientifique, Mme Viviane Forester, connue pour son livre sur Van Gogh, M. Giesner, expert en écritures auprès des Tribunaux. La presse avait réagi avec beaucoup d'enthousiasme. Un jour de l'année 1993, donc après 3 ans de travail de recherche et après avoir accumulé de nombreux documents et plus de 1 700 photos, je me suis dit: " Pourquoi ne pas montrer, exposer au monde ce magnifique Album Japonais?" Ainsi j'ai fait faire une trentaine de panneaux comportant 150 photos et toutes mes recherches. Ma première exposition fut organisée à Cassis, un très joli port près d'Aix-en- Provence et de Marseille. Puis ce furent Genève, Paris, Morzine, Les Gets, Salon-de-Provence, Le Touquet, Le Pontet, Venise, Saint-Tropez, Torino, Bardolino, La Baule, ainsi que des Salons du Livre. Actuellement, en 2003, j'en suis à ma 40e exposition, et des milliers de visiteurs ont été enthousiastes et ravis de voir une exposition d'une telle importance. Dans mes expositions, j'organise plusieurs fois par semaine une conférence sur Van Gogh, le Japonisme, l'influence du Japonisme sur Van Gogh et je consacre un long exposé au Jardin d'un Poète, avec tous ses personnages dissimulés et qui ‘s'emmanchent’, comme le décrit Van Gogh. Et j'espère ainsi répondre au vœu de Van Gogh qui écrivait: "Faire une exposition qui soit une leçon d'art, où les gens puissent apprendre et repartir avec une reproduction." Et mon exposition est considérée par les visiteurs comme une vraie leçon d'art et comme un bonheur. Depuis 10 ans, j'ai regroupé autour des dessins environ 750 estampes japonaises des grands maîtres comme Shigemasa, Harunobu, Masanobu, Shunsho, Shun-ei, Hokusaï, Hiroshige, Toyokuni, Utamaro, Kuniyoshi. En observant ces magnifiques gravures de l'ukiyo-e, on comprend le grand intérêt que Van Gogh et tous les impressionnistes portaient à l'estampe japonaise. C'est grâce à l'art de l'estampe japonaise que les groupes impressionnistes ont pu trouver leur voie et transmettre le message artistique que le monde entier apprécie aujourd'hui. Finalement, lorsque je regarde cette exposition, je remercie Van Gogh de m'avoir tant appris. J'ai compris quel être intelligent, érudit il était, et non pas le fou qu'il a souvent été décrit. Pendant mes années de recherche, j'ai appris aussi le comportement de Van Gogh comme être humain, un homme qui possédait une très claire vision, non seulement de l'art et des écrivains, mais aussi des êtres humains, un homme déterminé dans ses pensées et dans ses actes. Comme l'écrit L. Roeland dans son livre de 1953, on ne connaît pas l'histoire véridique de Van Gogh... car on l'a mêlée avec une histoire ‘à la Goupil’, marchand d'art. En effet, Théo, le frère de Vincent, travaillait chez les Goupil et fut licencié à la mort de Vincent. Mark Edo-Talbaut le confirme: “Bizarrement on n'a jamais trouvé l'arme, aucun constat de gendarmerie, aucun témoignage sur la mort suspecte de Van Gogh.” Peut-être y a-t-il encore, là aussi, des découvertes à faire?
Paris, mai 2003 Francesco Plateroti

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